Marque, montage et poids du premier vélo à gagner le Tour de France : c'était un gravel, il n'avait pas de freins ni de vitesses
Il y a plus de 100 ans, le monde du cyclisme a beaucoup évolué. Peut-être vous êtes-vous demandé à quoi ressemblaient exactement ces bicyclettes avec lesquelles les pionniers affrontaient les terribles conditions des routes du début du siècle. Eh bien, bien qu'il semble qu'aujourd'hui cette pièce historique avec laquelle courut le premier vainqueur du Tour (l'image moderne que vous voyez ici est d'une réplique), nous en savons beaucoup à son sujet.

Un gravel en acier et sans freins : la première bicyclette à gagner un Tour de France
Comme le reste des cyclistes du 'top 5', Garin courait avec une bicyclette fabriquée en acier par la marque La Française, qui plus tard s'appellerait La Française Diamant, et disparaîtrait dans les années 50. Ils étaient aussi ceux qui le sponsorisaient, en fait. Cette équipe était à l'époque un véritable dominateur (l'UAE de Pogacar, mais 120 ans plus tôt), ayant dans ses rangs les meilleurs cyclistes.

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La machine en question pesait 18 kg (plus que certaines e-bikes d'aujourd'hui), mais peut-être ce qui nous attire le plus l'attention est qu'elle n'avait pas encore de vitesses (elles commenceraient à être utilisées dans les années 30) ni de freins. Si le cycliste devait s'arrêter, il devait pédaler en arrière et... éventuellement, mettre le pied à terre. D'autre part, le seul développement qu'elle avait était un 56x20, avec lequel il avançait de 6,16 mètres par coup de pédale.

Cependant, avec cette 'bête', Maurice Garin, qui était le principal favori, s'imposa dans une course complètement infernale. Il n'y avait que 6 étapes, oui, mais la plupart dépassaient les 400 km. On partait un jour et on arrivait le lendemain ; heureusement, il y avait 2-3 jours de repos entre elles. De plus, les 'routes' étaient en terre, ressemblant plus aux chemins où se déroulent aujourd'hui les épreuves de gravel.
Et, avec tout cela, cet homme compléta les 2.428 km du parcours (un peu moins que les 3.405 km de l'édition 2023) avec une moyenne de... !25,679 km/h! En fait, il domina du début à la fin, gagnant la première étape et les deux dernières, et sans perdre le leadership un seul jour. Le deuxième classé, Lucien Pothier, était à presque 3 heures de son temps, et le troisième, à presque 4 heures et demie.

Qui était Maurice Garin ?
Surnommé 'le petit ramoneur', le premier vainqueur du Tour de France (pas le premier maillot jaune, car celui-ci ne fut pas inventé avant des années) était né en 1871 dans la Vallée d'Aoste et, par conséquent, était en réalité italien. Bien que, cela dit, d'une région où le français est la langue maternelle. Peut-être c'est pourquoi sa famille émigra vers le pays gaulois quand il était adolescent.
Garin était avant tout un homme du peuple à une époque où le cyclisme était encore, jusqu'à un certain point, élitiste. Il travailla effectivement comme ramoneur, et en 1889, à 18 ans, il s'acheta sa première bicyclette pour 405 francs, ce qui était le salaire de 2 mois à cette époque. On raconte que ses voisins l'appelaient 'le fou', le fou, à cause de la vitesse à laquelle il allait.
En 1891, il commença à disputer des courses, et bientôt il montra son immense classe. En 1894, il termina 4ème à la Liège-Bastogne-Liège, entra dans le podium de la première Roubaix, et gagna les deux suivantes (une, au sprint ; l'autre, avec presque une demi-heure d'avance).

En 1901, la même année où il remporta la Paris-Brest, il se nationalisa français. Oui, seulement alors. Et, en 1903, à 32 ans, il devint la première personne à inscrire son nom au palmarès du Tour (seulement 21 des 60 participants l'achevèrent). Avec les plus de 6.000 francs qu'il reçut en prix total, il acheta une station-service à Lens, où il travaillerait (en plus de son atelier de vélos) après sa retraite.
Son histoire, cependant, a une fin amère. En 1904, il se présenta à la ligne de départ prêt à défendre son titre. Et il réussit. Il revint à la charge dans cette édition, malgré les altercations continues qui eurent lieu parce que les fans de certains coureurs locaux attaquaient les autres avec des bâtons et des pierres, et laissaient des clous sur la route.
Mais, alors, arriva le premier scandale de l'histoire du Tour. Les quatre premiers classés furent dépossédés pour avoir, prétendument, utilisé des voitures pour couvrir une partie du parcours, et le titre passa au cinquième, le jeune Henri Cornet. À Garin, une sanction de 2 ans sans compétition fut imposée, et à ce moment-là, il décida de se retirer du cyclisme professionnel. Nous ne saurons jamais si cela était juste ou non, bien qu'il ait toujours défendu son innocence. Ce qui est clair, c'est qu'au-dessus de toute considération sportive, ces hommes qui parcouraient des distances impossibles en tirant avec leurs jambes de 'machinerie lourde' étaient de véritables titans.